Le Parti socialiste se cherche après son 16,5 % aux élections européennes, qui a donné le coup d'envoi à une nouvelle foire d'empoigne. C'est pire qu'au Far
West, ça tire de tous les côtés. Et forcément, les citoyens que nous sommes s'y perdent et plutôt que de chercher à excuser encore une fois les ambitions personnelles de certains, préfèrent
tomber dans un indifférence glaciale.
Or, qui dit indifférence signifie que le discours employé ne convainc pas. Les journalistes politiques se sont beaucoup penchés sur la méthode de campagne, sur l'absence d'Europe, sur .... Point
n'en faut, il suffit d'en revenir aux mots. La preuve par 10 que les maux du PS sont aussi verbaux:
"1 - SOCIALISME. Le mot-tabou ne tient plus qu’à
un fil. Les protestations qui accompagnent les déclarations de ceux qui – de plus en plus nombreux – suggèrent de le passer par pertes et profits sont de moins en moins nourries. Ce mot « renvoie
à des conceptions du XIXème siècle » assure Manuel Valls. Garder ou pas l’adjectif « socialiste » ? La question n’est plus une affaire de doctrine mais d’opportunité. Ce terme en attendrit encore
quelques uns et fait sourire les autres mais, si jamais le PS s’en débarrassait, les socialistes redoutent que, pour reprendre l’expression de Mitterrand, d’autres le ramassent. Pour en faire un
meilleur usage. Et puis, les socialistes manquent de bonnes idées pour inventer un autre vocable. Décidément iconoclaste en diable, l’imprécateur d’Evry propose même que l’on jette également aux
orties le mot « parti » qui ” enferme dans quelque chose d’étroit“.
2- SOCIAL-DEMOCRATIE. Ce terme que DSK avait tenté de réhabiliter – à ses risques et périls – dans le vocabulaire socialiste pendant les primaires de 2006 a définitivement
explosé en vol. La social-démocratie est en crise et le mot est devenu aussi ringard qu’il l’était dans le discours du PS des années 1980. Comment dés lors se définir ? Réformiste ? Cela n’a rien
de très affriolant. Révolutionnaire ? Soyons sérieux… En tout cas, cachez cette social-démocratie que l’on ne saurait voir.
3 -
RENOVATION. Ce fut l’un des rares propos audibles de Martine Aubry au lendemain du 7 juin. La rénovation ne suffit pas ; il faut « refonder » le PS. La première secrétaire a même
utilisé, devant quelques journalistes, le terme de « renaissance » qu’elle n’a visiblement pas l’intention d’utiliser– parce que d’inspiration trop catholique peut-être - en public. Les «
rénovateurs » du PCF se sont déjà chargés d’user cette expression jusqu’à la corde.
4 -FRONT POPULAIRE, PROGRAMME COMMUN, UNION DE LA GAUCHE. Certains dirigeants socialistes ont entrepris de se piller le patrimoine historique. Captant en grandes ondes sur leur
poste à galène une Radio Nostalgie grésillante, Jean-Christophe Cambadélis mais aussi Paul Quilès ou Marie-Noëlle Lienemann lancent l’idée d’un nouveau Front Populaire dans le sillage de Jean-Luc
Melenchon. Dans la série « je regarde l’avenir du PS dans le rétroviseur » l’union de la gauche et le programme commun effectuent aussi un retour remarqué. A peine (re)lancés dans
l’arène ces mots sont déja épuisés. Pourquoi ne pas lancer l’idée d’un Cartel des gauches, tant qu’on y est ? Ironie de l’histoire ; avec le score des Verts aux européennes, c’est plutôt la
réhabilitation de la gauche plurielle dont il s’agit.
5 -LOGICIEL. Depuis le temps qu’il n’a pas été renouvelé, il vaut mieux le remplacer. Des virus et des bugs de toutes sortes ont suffisamment dégradé le logiciel socialiste. De
toute façon, c’est tout le disque-dur qu’il faudrait penser à remplacer.
6 - DERNIERE CHANCE. Du congrès de Reims aux primaires, dirigeants du PS et journalistes ont galvaudé cette expression. D’autant que l’on commence sérieusement à se demander si elle n’est pas définitivement passée, la dernière chance.
7 - DEBATS DE FOND. Plus on en parle, moins on en fait. Il est commun de lancer la pierre à des journalistes qui préfèrent malaxer les petites
phrases et décortiquer la tactique socialiste en se repassant les mêmes actions au ralenti. Mais quelle est la position du PS sur la « croissance verte » ? Faute de combattants, une tentative
engagée début 2009 d’écrire sur ce sujet a été abandonnée. Ou sur le libre-échange ? Un face à face entre Benoit Hamon et Pascal Lamy a eu lieu à la fondation Jean-Jaurès mais aucun journaliste
n'y a été invité et aucun compte-rendu publié. Il ne restait donc aux journalistes que la formule du « juste échange », qui a fait un bide. Quant au congrès de Reims, on se
souvient encore avec émoi du niveau particulièrement élevé des débats consacrés à la crise financière qui s’y nouèrent.
d'après un très bon article de Jean-Michel NORMAND
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