La chute de Mogadiscio aux mains du gouvernement somalien de transition, soutenu à bout de bras par les Ethiopiens, allié privilégié des Etats-Unis dans la Corne de l'Afrique, exhale un parfum de revanche pour les Américains. Une revanche qui, toutefois, pourrait être éphémère et avoir un caractère amer.
En juin dernier, les chefs de guerre de Mogadiscio, alliés des Etats-Unis, avaient été balayés par les
combattants des Tribunaux islamiques dans la capitale somalienne. Aux Etats-Unis, la politique de l'administration Bush dans la Corne de l'Afrique avait alors été fortement critiquée. Affirmant vouloir empêcher la Somalie de se transformer, à l'instar de l'Afghanistan des talibans, en un nouveau sanctuaire pour les réseaux terroristes affiliés à Al-Qaeda, ne s'était-elle pas fourvoyée en soutenant les très peu recommandables seigneurs de la guerre ? Des petits chefs sans scrupule qui, en 1993, avaient humilié les GI à Mogadiscio en abattant deux hélicoptères Black Hawks, faisant 18 morts et précipitant le retrait piteux des Américains de Somalie.
Hier, Washington s'est contenté d'affirmer suivre de «très, très près» la situation dans la Corne de l'Afrique. Il n'est pas certain, en effet, que les nouveaux maîtres de Mogadiscio, arrivés dans les fourgons du voisin et ennemi traditionnel, l'Ethiopie chrétienne, suscitent l'adhésion de la population somalienne,
musulmane. En outre, la cohésion et la capacité du gouvernement de transition à administrer un pays sans Etat depuis la chute de Siyad Barré en 1991 restent à démontrer. Malgré des dérives bien réelles (lire ci-dessus), les Tribunaux islamiques avaient, au moins, réussi à restaurer un semblant d'ordre dans les zones qu'ils contrôlaient. Et offert, de l'avis des principaux intéressés, un répit à une population épuisée par quinze ans d'anarchie.
Certains experts redoutent à présent que la Somalie devienne une nouvelle terre de djihad, à la manière de l'Irak d'après la chute de Saddam Hussein. Dans les colonnes de l' International Herald Tribune, un ancien porte-parole de l'ONU en Irak, Salim Lone, reproche à Washington d'avoir ouvert «un nouveau champ de bataille avec le monde musulman".





















































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