Pouvait-on imaginer en France un programme conçu pour déranger ? Une fiction écrite et réalisée afin, précisément, d’instiller un malaise poisseux auprès d’un public qu’il ne
faudraitt pas brusquer ? Une série dont la vertu n’est pas, comme un Julie Lescaut, de rassurer les masses populaires sur l’efficacité des services de
police ? Difficile à envisager, non ? A moins que l'audience soit au rendez-vous...Et, c'est la chaîne américaine Showtime qui a décroché le pompon en septembre 2006 en lançant
Dear Dexter.
Le personnage principal, Dexter Morgan, qui
est aussi le narrateur en voix off, est un rat de laboratoire, un solitaire. Son travail d’anonyme consiste à analyser les tâches de sang sur les scènes de crime pour la police de Miami. On est
loin de l’omniscience vaguement totalitaire des Experts, et tant mieux. Dexter est joli garçon, calme, solidement introverti, mais consciencieux dans son travail et
serviable dans les faméliques relations qu’il entretient avec d’autres êtres humains. On se doute que tout cela n’est qu’une existence alibi, mais pas à ce point-là. Dexter est, aussi, un tueur
en série. Régulièrement, il doit répondre à l’appel du sang, faisant subir à ses victimes un sort épouvantable avec tout un tas de jolis instruments chromés et tranchants, dont certains
électriques.
http://www.youtube.com/watch?v=Efq6JQ0tqgU
Dexter va plus loin que le crime: horreur, malheur...la série pousse les spectateurs à s'interroger sur le concept de normalité! Mais qu'est-ce que ça signifie
véritablement?
Sans rien dévoiler de l'intrigue, sachez que Dexter en essayant d'approfondir sa relation avec sa petite amie,
Rita, tombe des nues lorsqu'après lui avoir avoué que son rêve était
d'avoir une vie normale, elle lui annonce qu'il n'y a rien qu'elle ne souhaiterait autant. Car que ce soit Dexter qui s'efforce de cacher son vrai visage, sa soeur Deb
qui refuse l'amour, sa petite amie Rita qui cache derrière une joie de vivre infantile une volonté de fer, son collègue Masuka qui a tout de l'obsédé sexuel, tous les personnages
ont une faille qui les rend uniques et qui provoque sans cesse chez le spectateur une sourde culpabilité.
Culpabilité à s’amuser de la maladresse burlesque de Dexter dans ses relations avec autrui. Culpabilité à éprouver un soulagement quand il échappe à des situations dangereuses. Culpabilité,
surtout, à voir Dexter assouvir ses pulsions criminelles. Car, comble de perversité scénaristique, le petit monstre sait choisir ses victimes. Ses proies sont uniquement des individus que
personne ne regrettera. Assassins, violeurs, sadiques, pédophiles, trafiquants d’esclaves. Des salauds, des vrais... Sauf que Dexter ne tue pas ses victimes parce qu’elles le méritent. Il les
choisit parce que ça l’arrange. A chaque spectateur d’y trouver sa morale,; moi c'est fait mais rien n'est figé, jamais.
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