Voici des extraits du livre Les coulisses d’une défaite, sur la campagne présidentielle de Ségolène Royal, écrit par deux journalistes au service politique de l’AFP,
Christine Courcol et Thierry Masure.
(...) Tous les socialistes espéraient encore pouvoir limiter les dégâts, pourvu que les Français aillent voter. À 20h30, le 10 juin déjà, les projections en sièges des instituts de
sondages donnaient une idée de l’ampleur du désastre : les socialistes ne seront pas parvenus à réveiller un électorat assommé par la défaite du 6 mai, ni à empêcher la déferlante UMP. Malgré les
appels de Ségolène Royal et d’autres dirigeants du parti à venir voter en nombre, bien des électeurs de gauche sont restés chez eux. Dans les banlieues, notamment, où Ségolène Royal avait obtenu
des résultats impressionnants, l’abstention est élevée. « On n’a pas retrouvé dans les quartiers populaires le vote de la présidentielle », déplorait le sénateur
David Assouline, proche de Ségolène Royal. « L’opération anesthésie de Nicolas Sarkozy a réussi », commentait, un peu amer, Henri Weber, constatant « une forte rechute » après la mobilisation
citoyenne pour élire le nouveau chef de l’État.
L’élan populaire de la campagne présidentielle de Ségolène Royal s’est brisé sur les réalités politiques, celle d’une droite à la santé insolente. À défaut de l’Élysée, son objectif immédiat
change de nature : conquérir le parti, tremplin pour 2012.
« Ma détermination est totale ! » Dès le 6 mai 2007 au soir, elle en offrait une démonstration éclatante. À 20 h 05, elle l’affirmait aux Français de la Maison de
l’Amérique latine, en direct sur le petit écran : « Quelque chose s’est levé qui ne s’arrêtera pas. »
Et maintenant ? Maintenant, on fonce ! Avec Ségolène Royal, jamais de pause, en tout cas jamais lorsqu’on s’y attendrait. Après la Maison de l’Amérique latine, tel un général vainqueur, elle
remonte entourée de fans le boulevard Saint-Germain jusqu’à la terrasse de la rue de Solférino, siège du parti socialiste, d’où elle harangue la foule : « Nous allons continuer ensemble ! » D’un
geste de la main, face au premier secrétaire François Hollande, dans le bureau de celui-ci, elle trace sa route, toute droite. La scène est filmée, à l’insu des protagonistes.
La défaite ? Quelle défaite ? En contrebas de l’immeuble, ses supporters la portent aux nues. La gauche « a désormais une grande dirigeante », s’enthousiasme Julien
Dray. Avec près de 17 millions de voix, Ségolène Royal se voit dans la foulée « l’un des leaders de l’opposition ». Elle enfonce le clou devant les huiles socialistes réunies à La
Mutualité, six jours après son échec, et préconise en marge de la réunion de désigner au prochain congrès, prévu l’an prochain, le candidat du parti socialiste pour la prochaine présidentielle.
Comprenez : la candidate. Quel culot ! Ségolène Royal n’a pas froid aux yeux, la voici déjà en piste pour 2012.
Quelques jours au soleil, le temps pour la République de déployer ses fastes pour l’entrée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, elle est déjà de retour. Pour « imaginer la gauche de demain », renverser
des alliances vieilles de trente-cinq ans scellées par François Mitterrand et oeuvrer à « de nouvelles convergences » avec le centre – le centre-gauche ? – de François Bayrou.
Si longtemps dans l’ombre de François Hollande, elle s’affranchit ouvertement de cette tutelle politique. En pleine campagne pour les élections législatives, la « dame blanche » mesure que sa
popularité, la ferveur qui l’entoure, sont intactes. Défaite ou pas, l’espoir, à gauche, toujours, c’est elle et elle seule. Trois jours avant le premier tour des législatives, dans un TGV qui
file vers Lille, hors micros et caméras, Ségolène Royal roule à tombeau ouvert. Oui, elle prendra la tête d’une motion au prochain congrès. En clair, elle brigue la succession de François
Hollande. Pour le leader du parti, qui a choisi de passer la main après dix ans de sacerdoce, le choix est simple : soit il se range derrière son panache blanc, soit il fait bande à part.
Habilement – car elle est habile, la « bécassine » de la politique que l’on a parfois décrite –, Ségolène Royal y met les formes : puisque le premier secrétaire
souhaite terminer son mandat en 2008, elle n’y fera pas obstacle. Elle laisse entendre, néanmoins, que si le passage de témoin avait lieu plus tôt, elle ne trouverait rien à y redire.
Comme au moment de la primaire interne au PS pour la désignation du candidat à l’élection présidentielle, analyse un cadre intermédiaire du parti, Ségolène Royal « fait le pari que François
Hollande n’aura pas le courage de se mettre en travers de sa route ». On est au coeur d’une histoire à la fois politique et psychologique, alimentée par la chronique quotidienne d’une campagne –
elle à tel endroit, lui à tel autre, l’un et l’autre annoncés ensemble dans un meeting commun où l’un fera faux bond, lui qui défend le « vieux » parti, elle qui le stigmatise. Au point
de provoquer cette remarque d’un dirigeant d’une grande fédération : « Il faut d’abord qu’ils clarifient leurs relations privées avant de clarifier leurs relations politiques.»
C’est chose faite. À quelques heures de mettre le point final au présent ouvrage, l’un des auteurs reçoit un appel de Ségolène Royal : « Si vous pouviez éviter, dans vos dépêches, de
présenter François Hollande comme mon compagnon… » Un silence. « Ce n’est plus le cas. »
Blessée par tout ce qui a été dit et
écrit depuis quelques semaines de ses relations privées avec le premier secrétaire, Ségolène Royal veut faire cesser l’exposition médiatique de sa vie personnelle et celle de ses enfants. « Les
choses doivent être clarifiées, pour tout le monde. La vie personnelle et la vie politique doivent être séparées. » À quand remonte la séparation ? Elle ne tient pas à le préciser. « J’ai demandé
à François Hollande de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté, désormais étalée dans les livres et les journaux, et je lui ai souhaité d’être heureux », dit-elle,
laconique. À l’entendre, il n’y a pas de drame. « On est en bons termes, on se parle, il y a du respect mutuel. » Cela fait penser à cette phrase de François Hollande, plusieurs fois répétée : «
Un couple, deux libertés. » Informé des propos de son ancienne compagne, lui ne souhaite pas s’exprimer sur ce sujet. « Je ne l’ai jamais fait et je ne souhaite pas le faire. »
Elle rend ainsi officiel ce qui se murmurait ici et là, sans que l’on puisse vraiment distinguer les rumeurs, échafaudées souvent à partir d’intérêts politiques, d’une vérité simplement humaine.
Elle affirmait pourtant dans son dernier livre, Maintenant, publié voici seulement trois mois : « Oui, nous sommes toujours ensemble et oui, nous vivons toujours ensemble. » En pleine
campagne présidentielle, c’était forcément par épisodes, mais elle ne le soulignait pas. Elle avait même regretté qu’ils ne se soient pas mariés en Polynésie, l’an passé,
comme les y invitait alors le président de l’archipel, Oscar Temaru. Mais, ajoutait-elle, « nous n’avons pas besoin de cela pour nous aimer ». D’affection, sans doute. En faisant connaître
qu’elle vit désormais séparée, Ségolène Royal veut mettre un terme aux intrusions dans sa vie personnelle et faire respecter, comme tout un chacun, son droit au respect de sa vie privée.
C’est la fin d’une union de trente ans, enrichie par quatre enfants, le plus souvent en harmonie politique. Dorénavant, leurs destinées personnelles divergent. Leur couple s’en est allé, comme
des millions d’autres. Mais, politiquement, ils restent solidaires, assure Ségolène Royal.
Elle ne s’est pas laissé arrêter par celui qui, il y a peu, était encore
son compagnon. Au sein du parti socialiste, elle est décidée à faire la grande lessive idéologique des socialistes, dont « le logiciel est ankylosé par des dogmes qu’on
traîne de congrès en congrès » : assumer franchement la « valeur travail » – injustement décriée par certains de ses camarades, juge-t-elle –, l’« ordre juste », avec ce que cela signifie
de respect de l’autorité mis à mal par l’idéologie soixante-huitarde. Des concepts sur lesquels elle dit réfléchir « depuis longtemps » et que l’on trouve déjà dans ses premiers livres.
Maintenant que les électeurs ont sanctionné ce parti qui n’est toujours pas au rendez-vous du XXIe siècle, il est plus que temps de crever l’abcès, avec « la volonté inébranlable de passer au
vote, y compris sur ce qu’il y a de plus provocateur par rapport au logiciel socialiste ». Fini, les synthèses molles concoctées par un François Hollande trop soucieux de réunir toutes les
chapelles socialistes. Il faut trancher. « On votera sur le projet de rénovation et, s’il est majoritaire, je serai candidate au poste de premier secrétaire. »
Une révolution, pour celle qui ne s’est jamais jetée à l’eau, observant avec une distance ironique les luttes d’influence, les batailles d’apparatchiks pour le contrôle du coeur du réacteur
socialiste, des fédérations, des sections. Cette plongée dans la mêlée est un risque pour cette élue de province qui y a toujours répugné. « Je n’ai plus le choix », telle est aujourd’hui sa
conviction.
Prête au combat, Ségolène Royal veut aussi en finir avec un fonctionnement interne paralysant. Au PS, toutes les sensibilités – les « courants » – sont représentées à tous les échelons, du haut
en bas de la pyramide : au bureau national, dans les bureaux fédéraux – les exécutifs départementaux –, dans les sections. Ségolène Royal voudrait changer tout cela, réformer les statuts,
dissocier le choix des personnes de celui des orientations politiques, introduire de la « démocratie participative », redonner le goût de se battre à des adhérents qui, simples rouages d’une
machine à désigner des candidats aux élections, finissent par rendre leur carte d’un parti « verrouillé, où les haines sont recuites », selon son expression. Et, surtout, faire du PS « un parti
de masse » fort de quatre à cinq cent mille adhérents, à l’égal de ses homologues espagnol, allemand et nordiques.
Des adhésions en grand nombre, quel meilleur moyen aussi pour la présidente du Poitou-Charentes de moderniser le parti à sa main ! Ceux qui, en 2006, pour la modique somme de 20 euros, ont pris
leur carte pour participer au choix du candidat, ont massivement voté pour elle.
Ce discours de reconstruction du PS, ils sont nombreux à l’approuver. Député de la Nièvre, terre de François Mitterrand, Gaëtan Gorce critique « un appareil vermoulu » et veut « casser les
courants ». Les « jeunes » du parti, de Manuel Valls à Benoît Hamon, s’émancipent et sont au moins d’accord sur un point : il faut donner de l’air pur au parti, faire émerger de nouvelles
têtes.
Ségolène Royal parviendra-t-elle à ses fins ? Sans doute, si ceux qui ont rejoint le parti depuis un an – quatre-vingt mille adhérents, soit un tiers du total ! – ne désertent
pas lorsque sera venu le moment de renouveler l’adhésion au tarif ordinaire, nettement plus élevé que les 20 euros d’appel. Tous les sondages réalisés après la défaite auprès des sympathisants
socialistes l’ont déjà élue championne de la rénovation, loin devant Dominique Strauss-Kahn. Elle n’exclut d’ailleurs pas une alliance avec lui, ou avec d’autres, s’il faut en passer par
là. Mais le combat sera violent. « Ce sera une lutte très dure, plus que celles auxquelles nous avons assisté », prévient un haut cadre du parti socialiste. (...)
Voilà, on sait tout..enfin on croit tout savoir! http://www.dailymotion.com/video/x1xgbw_hollande-royal-dispute
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