Depuis l'étranger, il n'est pas toujours évident de se rendre compte du "pouls" de son pays..c'est pourquoi, pour le CPE, j'ai fait appel à la contribution (mais même pas dans le but d'un blog) de mes amis erasmus...Ce qui ressort, c'est une grande fustration. Nous sommes jeunes, mais pas cons, contrairement à ce que dit une chanson! C'est de notre avenir qu'il s'agit....Zizou saura nous écouter, contrairement à d'autres il semble avoir été jeune un jour lui aussi!

Pour ceux qui ne connaissent pas, voilà une excellente occasion de découvrir Grenoble
Courage en ces temps troublés. J'ai vu les photos, c'est assez désolant en effet. Ce sont surement les mêmes que l'on retrouvera dans la rue l'année prochaine pour crier contre une hausse des frais d'inscriptions du à d'importants travaux de réfection...
Quoiqu'il en soit, et malgré tout ce que la situation vécu en direct peut apporter comme lots d'AG manipulées par l'UNEF, de débats stériles et de dérapages (dégradation et logique de violence), j'espère que cela n'entraine pas chez vous les iepiens un dédain pour le mouvement et ni n'altère votre attachement à une cause que je juge pour ma part d'une importance capitale pour l'avenir. Sachez que nous sommes nombreux à l'étranger à se sentir frustrés de ne pas être sur place pour prendre part aux débats (enfin, nombreux...Vincent et moi surtout :).
Pour beaucoup d’étudiants contestataires, les mots sont absents des sentiments exprimés, l'argumentaire théorique maigre et l'absence de cohérence dans les revendications proches d'être la règle. Cela tend évidemment à engendrer une certaine prise de distance par ceux qui ont un bagage théorique plus fourni.. A ce propos, j'ose espérer que l'initiative d'"Université Populaire" de l'IEP, que je trouve excellente, aidera à formuler le malaise en mots et à alimenter une réflexion qui peut vite tourner à vide s'il elle est alimentée par des joueurs de tamtam squatteurs de monoprix et syndicalistes de l'UNEF (quand "réflexion" il y a). Mais quoiqu'il en soit il faut savoir que vu de l'étranger, en suivant les évènements de près et étant pris d’une boulimie de lectures et d'analyse, ce qui se passe en ce moment en France soulève à mon sens des questions capitales.
Car au-delà de la simple revendication de retrait du CPE, c’est la question d’une remise à plat de notre modèle social qui se pose.
Il y a de cela 25 ans, l'Angleterre a fait son choix: le néolibéralisme pur et dur. Il y a de cela 20 ans, les pays scandinaves ont fait le leur: ce sera la prise en compte des réalités et l'adaptation en redéfinssant un modèle social. La France quant à elle a joué la carte de l'immobilisme et du vieillissement. Les mêmes élites aux pouvoirs depuis 25 ans, travaillant sans responsabilité aucune et dans des visions électoralistes à court terme pour les mêmes générations: baby boomer et 68ards. Aucune concession sur les retraites, aucune concession sur la nécessaire flexibilisation du travail, alors même que les pays nordiques ont prouvé qu'elle ne rime pas nécessairement avec précarité (flexisécurité)
Qui va payer ? Nous. Car les générations précédentes c'est un fait, se sont mobilisées contre toute évolution: refus de toute concession sur leur retraite et sur la sécurité de leur CDI ou de leur statut de fonctionnaire. Certes les intentions sont louables, mais en refusant de réformer un système qu'ils ont poussé jusqu'à ses limites, ils nous offrent en héritage des finances publiques et celles des organismes de sécurité social dans un piteux état, chômage endémique, allongement des cotisations retraites et injection de capitalisation, des niveaux de salaires moins élevés, à présent un marché du travail profondément flexibilisé pour nous mais pas pour eux, et les conséquences politiques qui vont avec : montée de l'extrême droite par exemple (comme l'expliquait un sociologue, LePen en héritage lors de notre premier vote à une élection présidentielle par exemple).
Certes, désirer ardemment un modèle social avantageux et hautement protecteur est louable, mais par manque de vision à long terme, de sens des réalités globales et peut être aussi par égoïsme, ce désir se traduit par la trahison des solidarités inter générationnelles, qui mettent à la mal la nation de "vouloir vivre ensemble" censée cimenter une nation.
Depuis bien des décennies, sans que les français l’ait réalisé, par aveuglement du à l’attachement de leurs avantages sociaux et par l’irresponsabilité des politiques à dire « le vrai », la mondialisation néolibérale est bien là. Que l’on soit désespéré par la pauvreté du projet humain que proposent ces théories est une chose, choisir d’aller dans le mur en allant à contre courant en est une autre surtout quand ceux là même qui vont à contre courant ne seront pas ceux qui percuteront le mur où qu’ils entraînent avec eux les plus jeunes en les maintenant dans l’illusion qu’ils pourront vivre de la même manière qu’eux. Le non à la constitution Européenne est certainement le plus bel exemple de ce fait : par un attachement à notre modèle social et un refus de toute concession, nous nous sommes privés de ce qui était un outil permettant à nos sociétés d’avoir une plus grande emprise sur elles-mêmes.
Aussi la flexibilisation du marché du travail est-elle inévitable : elle a un coût, la précarité, elle peut avoir des bénéfices, améliorer la situation de l’emploi dans notre pays et donc se donner les moyens de redistribuer la richesse qui peut en ressortir. Or, ce qui se profile depuis quelques années est en fait la concentration des coûts sur les plus jeunes, des bénéfices sur les plus vieux. Et c’est cette question plus large que doit soulever la contestation estudiantine : celle de la redéfinition d’un modèle social qui répartisse équitablement les coûts et les bénéfices des conséquences de la mondialisation néolibérale, en somme la question d’une redéfinition des solidarités inter et intra générationnelles dans le respect du pacte républicain : liberté égalité fraternité.
Le simple retrait du CPE ne serait pas une victoire, loin de là : il se traduirait par un retour à ce statu quo que nous connaissons depuis 25 ans mais qui se fait désormais de plus en plus intenable puisqu’il ferme peu à peu les alternatives à l’option néolibérale pure et dure. La réforme des retraites en est l’exemple : « nous avons trop attendu, nous n’avons plus le choix ». Le CPE en est un autre : « mieux vaut le CPE que l’ANPE ». Et petit à petit, par un simple effet génération la France, en voulant sauvegarder à tout prix et sans concession un modèle social daté, obtiendra l’effet inverse : l’installation d’un néolibéralisme anglo-saxon. L’irruption visible des jeunes dans l’arène politique qui se produit aujourd’hui sera stérile si elle se limite à réclamer les mêmes droits que nos aînés car elle consisterait à faire la même erreur qui est faite depuis 25 ans. Elle doit au contraire permettre l’expression d’une catégorie de la population jusqu’à présent exclue instances politiques (partis, assemblée et gouvernement) afin que tous ensemble nous redéfinissions le projet humain – car on parle de vies humaines, de son sens – qui caractérisera notre nation dans l’avenir tout en tenant compte des réalités internationales.
C’est ce débat là qui doit émerger de la contestation contre le CPE et animer les débats politiques jusqu’à l’élection présidentielle. Car il y a de fortes chances qu’en cas de retrait du CPE, le prix universitaire et financier de plus de deux mois de mobilisations ne rapporte pas grand-chose : le PS ne fait rien d’autre que réclamer le retrait, quant aux organisations syndicales qui sont aujourd’hui en premières lignes, n’oublions pas que ce sont les mêmes s’opposent systématiquement depuis 25 ans à toute réforme. Sans alternative autre qu’un statu quo ou le retour à des contrats jeunes qui signifie une jeunesse sous perfusion publique – encore faut-il en avoir les moyens – et ne résout rien au fond du problème, la lutte aura été vaine : mieux vaut encore que le CPE passe !
Il faut donc saisir la chance qu’offre l’actuelle mobilisation, il faut saisir cette démonstration de force de la conscience politique de la jeunesse française pour injecter matière à renouveler les débats dans la politique française, pour enfin avancer. Une fois encore cette « conscience politique » peut paraître rudimentaire vue de près : d’une part elle est largement au dessus de celle de jeunes des autres pays, d’autre part à ceux qui possèdent les bagages nécessaires pour essayer de mettre en mots ce qu’elle exprime en ce moment de le faire. On me rétorquera que cette jeunesse dont je parle c’est celle qui ne va pas voter ou qui vote à l’extrême gauche. C’est à mon sens le résultat justement d’une absence totale de projet de société formulé qui amène à de tels comportements : un rejet en bloc de tout qui renvoie à des sentiments confus de peur, d’incertitude et peut être aussi la perception que l’on nous a exclu du jeu politique, tant dans les débats que dans les décisions. A nous les jeunes donc de mettre en forme, de formuler, et de rentrer dans le jeu. L’occasion qui se présente actuellement est trop belle pour ne pas la saisir
Le peu de mobilisation chez les très diplômés –écoles de commerce par exemple -, la mobilisation des facultés, les évènements en banlieues de novembre 2005 et le mélange des trois à savoir les agressions de jeunes manifestants par des jeunes de banlieues : ce sont autant d’avertissements très sérieux de ce à quoi pourrait ressembler la société française tout entière dans quelques décennies si un modèle de vivre en ensemble n’est pas très vite redéfini. Cette société sera celle de la fragmentation : une société caractérisée par une absence de solidarité intergénérationnelle doublée à une dégradation des solidarités intra générationnelles et un aggravement des inégalités ; une société dans laquelle tout modèle social et tout projet de vivre ensemble s’effacera peu à peu, faute d’avoir su l’adapter aux réalités globales et d’avoir su faire des concessions. Restera une nation qui n’aura de nation plus que le nom : une classe sociale surdiplômée à l’abris des problèmes se reproduisant paisiblement, une classe moyenne précarisée et une classe d’exclus ghettoïséee, chacune vivant séparément, dans ma peur de l’autre et dans l’affrontement. Certes ces problèmes existent depuis bien longtemps. Mais ils vont clairement en s’aggravant et l’immobilisme ne fera qu’empirer les choses. Est-ce le pays dans lequel nous voulons vivre et que nous voulons laisser à nos enfants ?
On peut aujourd’hui parler de « société bloquée ». La violence et les troubles sociaux de ces derniers mois l’expriment largement. Manquent les mots. Puisse la contestation du CPE aider à la débloquer en déclenchant des débats plus large que celui d’un simple retrait du texte. Cela ne dépend que de nous.
M.D.
Avis donc à tous les journalistes sportifs: si vous avez une seule question à poser à ZZ, c'est celle là: que proposeriez vous à la place du Centre de Premier Entrainement?
oui, ça, c'est quand il était jeune...je l'ai mise à la fin histoire de ne pas faire chuter sa cote de popularité!
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