Lorsque nous rencontrons quelqu'un que l'on connaît plus ou moins bien, on commence par lancer la discussion sur le temps qu'il fait ("ah, oui, y a plus de saison!) puis, le sujet s'épuisant, on en vient à ce qui préoccupe pas mal de monde. C'est en effet aujourd'hui la journée officielle où le plus de Français et Françaises soufrrent offiellement de la gastro-entérite. Alors, voilà de quoi enrichir vos conversations:
A-t-on peur de la gastro pour rien? La réponse prévisible des ispécialistes : la gastro n'est pas rien quand on est déjà malade d'autre chose, ou diminué, ou très vieux. Le virus se transmettant très facilement, la gastro pose problème dans les lieux de grande promiscuité, les écoles, les hôpitaux, les centres d'hébergement. C'est la première partie de la réponse. La seconde, la vraie, parce qu'elle concerne la population en général : oui, on a peur pour rien. On fait un mélodrame d'un virus dont il est facile, quand on est en santé, de venir à bout avec un peu de repos.
J'abonde énormément. Mais pourquoi donc cette peur dont on devine qu'elle pourrait facilement devenir panique? Un psychanalyste explique que c'est la faute des médias qui amplifient, qui déforment, qui ne savent pas quoi dire dans les creux d'actualité. C'est la faute des médias à une exception, s'est empressé d'ajouter le psy : vous, vous êtes une personne qui sait faire la part des choses, non?
Bref, je repose la question à tout le monde sauf aux psys : d'où vient cette peur?
Elle vient de notre hystérique désir de vivre à risque nul. Elle vient de notre obsession de la sécurité. Bien sûr que ce sont les médias qui relaient cette hystérie du risque zéro, mais ils la relaient seulement. D'où vient-elle?
Des pouvoirs publics, et tout particulièrement des ministères de santé publique. Ce ne sont pas les médias qui ont inventé le virus du Nil, ils n'ont fait que mettre en page les 1 230 000 alertes des services publics pour mettre en garde la population contre cet effroyable mangeur d'hommes qui a fait un mort et demi en neuf ans.
Ce sont les ayatollahs de la santé publique qui nous ont convaincus de l'extrême danger de la fumée de la cigarette qu'est en train de fumer notre troisième voisin à la terrasse d'un café. De l'extrême danger du hamburger. Du risque incroyable que l'on prend en buvant du lait à 3,5 %.
Ce sont aussi les mêmes ayatollahs sanitaires sinon les mêmes, de la même école de pensée qui, il y a quelques années, ont été incapables d'identifier le risque de transmission du VIH dans les centres de transfusions sanguines. Ce sont les mêmes aussi, impuissants devant le lobby chimique combien de jobs ? combien de milliards ? , qui leur ferme la gueule sur les cancers qui tuent des centaines de milliers de personnes chaque année. Qu'allez-vous chercher là, le cancer n'a rien à voir avec la pollution chimique de l'eau, de l'air et des aliments.
Je dis aussi : arrêtez donc de nous faire peur sur tout et sur rien. Arrêtez de fourrer votre nez dans nos
assiettes, dans nos loisirs, dans nos plaisirs. Arrêtez de nous faire tirer le boulet de la prévoyance absolue, arrêtez de faire de la morale avec la santé publique.
Occupez-vous de la chimie et de ses cancers. Occupez-vous de la grippe aviaire qui va bien finir par arriver. Occupez-vous de la bactérie C. difficile. Occupez-vous du sida en Afrique! Il suffit d'un séjour dans les pays en voie de crever de leur non-développement pour réaliser, au retour, combien est ridicule notre société de prévoyance absolue, plombée de toutes les peurs, où le vivre-ensemble se perçoit comme une extension de l'immunologie.
La santé publique chez nous passe de plus en plus par une hygiène mentale publique et ça, ça devrait nous faire bien plus peur que la gastro.
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