S'il est des livres qui prennent un relief particulier sous les rampes de l'actualité, "Hold uPS, arnaques et trahisons" est de
ceux-là.
Lire l'ouvrage d'Antonin André et Karim Rissouli à la rentrée
pouvait s'avérer instructif. Il est cependant bien plus intéressant de s'en servir aujourd'hui pour expliquer les psychodrames internes et si inhérents au parti socialiste
français.
1) Vincent Peillon,
le lion qui a décidé de rugir dans sa savane
Les rencontres de Dijon devaient être SON événement. Il n'a
reculé devant aucune trahison, devant aucun retournement d'alliance et a sacrifié tellement qu'on viendrait presque à le comprendre, Vincent Peillon.
Les "amabilités" entre Peillon et Royal portent sur la direction du courant Espoir à gauche . La présidente de Poitou-Charentes a annoncé avoir confié "l'animation" de ce courant, "son" courant, à un trio de proches. Interrogée mardi soir
sur Canal+, elle a, dans un premier temps, affirmé qu'il fallait "reporter après les élections régionales l'organisation" du mouvement. Avant d'ajouter, donc : "D'ici là, j'ai confié à un sage,
Jean-Louis Bianco, avec Najat Belkacem et Gaëtan Gorce, la responsabilité d'animer le courant, avec, bien sûr, tous ceux qui le voudront, pour que les choses se passent de façon très paisible."
Paisible ? Ce n'est pas gagné : son ex-lieutenant Vincent Peillon, qui s'est imposé ces derniers mois à la tête dudit courant et a d'ores et déjà rétorqué qu'il n'entendait pas se laisser
"congédier" par Ségolène Royal.
Et, il a raison de se battre, Vincent Peillon. Tous ses
camarades "présidentiables" pourront le lui expliquer, si besoin: une élection se gagne avec des réseaux.
Il pensait Ségolène éloignée, il pensait s'être rapproché
suffisament de Martine Aubry en acceptant un parachutage aux européennes dans la région Sud Est provoquant incidemment l'ire d'un autre royaliste, Gérard Collomb.
Car, la présidentielle, il y pense…pas celle de 2012, qu'il
estime déjà perdue mais celle de 2017.
Alors, ce qui se joue par médias interposés en ce moment et
que Martine Aubry préfère ne pas voir, est peut-être moins anodin qu'il n'y paraît. Vincent Peillon y joue en effet sa survie politique.
L'éléphant Ségolène aura-t-elle raison du Lion Peillon, qui a
sorti les griffes à un moment pas si opportun que ça?
2) Opération DSK,
tout en stratégie
Nicolas Sarkozy et ses proches l'ont toujours pensé: le danger pour l'élection présidentielle à venir s'appelle DSK. C'est donc toute
une stratégie qui a été mise en place.
Un homme politique ayant a fortiori de l'ego, il n'a pas
forcément été trop difficile d'appâter l'homme. Economie, prestige international, une cris financière..tous les éléments désignaient la présidence du FMI, qui aurait au moins le mérite d'éloigner
DSk de Paris et au mieux, il se prendrait les pieds dans le tapis de la crise.
L'étape numéro deux est beaucoup plus insidieuse. Car l'aura
de DSK augmente à mesure de la rénovation qu'il a initiée à Washington. La parution d'un sondage donnant DSK comme seul vainqueur potentiel face à Sarkozy en 2012 n'est rien d'autre qu'un
contre-effet. Et oui, si la côte de popularité de DSK augmente auprès des Français, elle diminue d'autant auprès des militants socialistes..Des manœuvres habiles de la droite laissent penser que
DSK aurait pu se rapprocher de politiques trop libérales. Or, il faudra bien franchir à un moment ou à un autre la barrière des primaires.
DSK se lancera t-il dans les chamailleries dignes d'une cour
de récréation alors qu'il côtoie les grands de ce monde? On comprendrait que non.
3) Les franc-tireurs
Aubry, Hollande, Montebourg, Valls se tirent dessus
Si DSK avait retenu toute l'attention des stratèges élyséens,
il aura été inutile de se mêler plus en avant des affaires des socialiste pour que des leaders émergents se neutralisent. La Haine peut parfois être si forte qu'elle suinte au détour de petits
mots et autres attentions.
Les auteurs de "Hold uPS, arnaques et trahisons" nous
expliquent ainsi qu'Aubry et Hollande ne sont pas des amis de 30 ans…loin de là!
Si Hollande s'est plus ou moins rallié à la candidature de
Martine Aubry pour sa succession, c'était surtout pour s'assurer que ni Ségolène Royal, ni Bertrand Delanoë ne lui boucheraient l'horizon 2012.
Alors entre les deux, il n'y a officiellement pas de
compétition. Oui, mais ils sont en lice pour le même "job" …
Le rejet très net des listes
socialistes pour les européennes par les fédérations du Limousin a démontré que François Hollande n'abandonnait pas une once de pouvoir à Martine Aubry, bien au contraire. Elle, dont les proches accusent l'ancien premier secrétaire de chercher constamment à saper son
autorité.
Face aux 80 % de rejet de la liste conduite par Henri
Weber dans le Limousin, le coupable est tout trouvé : c’est François Hollande, l’ancien premier secrétaire du parti et élu de Corrèze, dont Vincent Peillon, encore lui, a dénoncé sur France
2 le « mauvais esprit ». « Il y a une responsabilité et il faut la faire porter », a fulminé la tête de liste du Sud-Est en montrant du doigt « la région de François
Hollande ». Du côté de l’intéressé, on feint d’ignorer la polémique, mais on appelle fermement la direction à prendre en compte le résultat du vote. « Il y a un principe à
respecter : c’est celui du vote des militants », a simplement commenté François Hollande. La prise de distance entre Martine Aubry et son prédécesseur n’est pas une nouveauté, mais
c’est la première fois qu’elle éclate au grand jour. Le rapprochement de circonstances, lors du congrès de Reims, n’empêche pas l’ancien patron de mener indépendamment sa barque vers la
présidentielle de 2012. Le courant qu’il a co-animé avec le maire de Paris a été la première victime de l’ouverture des listes européennes aux royalistes, ce qui a provoqué des tensions entre les
anciens alliés.
Mais Martine Aubry ne réussit pas à affirmer son autorité autrement que par des coups de force. En pressant Manuel Valls de rentrer dans le rang ou de quitter le PS cet été, Martine Aubry a
déclenché un effet boomerang. Soutenu par ses principaux lieutenants ainsi que par Laurent Fabius qui s'est félicité d'un rappel au "besoin d'unité", l'acte d'autorité posé par Mme Aubry – destiné
à prendre à témoin les militants sur le thème de la nécessaire unité du parti socialiste – a suscité de nombreuses réactions en retour. Manuel Valls a alors rendu publique une lettre adressée à la
première secrétaire dénonçant son"ultimatum"et sa "conception très datée du parti". Retour à l'envoyeur et conflit de génération à cœur ouvert.
Le livre "Hold uPS, arnaques et trahisons" est certes centré sur la querelle Aubry-Royal mais les entretiens menés par les auteurs nous en apprennent plus
sur les microfissures du PS, et c'est bien là l'intérêt de l'ouvrage. Personne ne peut dire comment tournera l'affrontement entre Ségolène Royal et son ancien lieutenant …personne? Vous n'en avez
pas une petit idée? Né en 1971, le PS traîne son mal-être depuis 1995…certains pensent que l'acte de décès n'est pas très loin (Mélenchon a déjà fait ses valises, notamment). Hélas, aucun homme
providentiel n'est là pour empêcher l'enterrement...et non, ce n'est pas le moment d'évoquer ici Benoît HAMON.
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