Le refus d’Abdullah Abdullah de prendre part au deuxième tour de la présidentielle afghane prévu le 7 novembre fait date. S'il a permis à Hamid Karzai d’être déclaré vainqueur de
l’élection présidentielle, cela a été également le moyen le plus élégant de renvoyer sur les roses les alliés occidentaux d’Abdullah. Pour le chef d’Etat, Abdullah était comme ce cheval de Troie
des puissances occidentales.
C’est maintenant que le vrai jeu politique va commencer, dans le plus pur style afghan. Plus besoin de faire semblant. Au centre de
l’arène politique se dresse Karzai. Il a clairement pris sa revanche sur les Etats-Unis et leurs alliés, mais il ne va pas oublier de sitôt tous les efforts entrepris depuis un an afin de le
tourner en ridicule et le faire chuter.
Mettez trois anglo-saxons au pays de l'opium....Ce sont en effet ces trois personnalités qui se patageaient jusque là le àle mérite d'avoir convaincu le président afghan, officiellement et
frauduleusement réélu le 20 août par 54,6 % des voix, d'accepter, après deux mois de refus buté et de tergiversations, de remettre son titre en jeu et de consentir à un deuxième tour : les
Américains Hillary Clinton et John Kerry et le Britannique Gordon Brown.
Hillary Clinton a attaqué la première : dès le lendemain du premier tour de l'élection présidentielle et alors que la rumeur de fraudes massives s'amplifiait au point de ridiculiser tous les
parrains occidentaux du scrutin, elle avait téléphoné à Karzaï pour lui recommander de ne pas crier victoire en attendant des résultats "sûrs et incontestables". Mais la diplomatie américaine a
parfois le chic pour se prendre les pieds dans le tapis. Car à peine la secrétaire d'État avait-elle raccroché que Richard Holbrooke, envoyé spécial du président Obama en Afghanistan, se pointait
à Kaboul: il a essayé de bousculer Karzaï en le sommant de reconnaître sur-le-champ qu'il y avait eu des irrégularités dans les votes et de renoncer à une victoire qui ne manquerait pas de
provoquer le chaos dans le pays.
Cela a eu pour résultat de pousser Karzaï à faire exactement l'inverse de ce qu'Hillary Clinton lui avait déconseillé. Il s'est proclamé vainqueur, ce qui a amené la communauté internationale à
riposter et à mettre en place, sous l'égide de l'ONU, une commission électorale des plaintes dirigée par un Canadien qui a commencé à recenser les fraudes.
Mais contester une élection au moment précis où l'on veut, comme Obama, relancer un effort militaire qui doit impérativement s'appuyer sur l'armée d'un pouvoir afghan indiscutable, c'était un peu
comme verser de l'eau dans une carafe dont le fond est en train de céder. Il y avait urgence à colmater la fuite.
C'est alors qu'Obama a dépêché sur place son ami John Kerry, président de la commission des affaires étrangères du Sénat. L'ancien candidat à la présidence n'est certes pas un diplomate, mais
c'est un fin politique. Il a habilement rassuré Hamid Karzaï en lui promettant qu'il garderait le soutien des Américains lors d'un nouveau scrutin et que ceux-ci, quoi qu'il arrive, ne le
laisseraient pas tomber. Et c'est le Premier ministre britannique Gordon Brown qui, le week-end dernier, a parachevé l'oeuvre: représentant d'un pays avec lequel les Afghans
entretiennent des relations particulières, qui datent du temps où les guerriers pachtounes ont mis en déroute l'armée des Indes, en 1839, à la bataille de la passe de Khyber, il a pris Karzaï par
la vanité. Se montrer fair-play en acceptant un second tour lui vaudrait le respect et la reconnaissance de toute la communauté internationale (à défaut de celui de son peuple).
Et, dès le 20 octobre, à l'annonce de la tenu d'un second tour, Karzaï, alors en ballottage, a reçu d'innombrables coups de téléphone de félicitations, à commencer par celui de Nicolas Sarkozy.
Mais Karzaï a sa dignité. Il a bien accepté de ne pas avoir atteint les 50 % des voix dès le premier tour, mais seulement 49,67 %... à 0,33 % de la majorité. On peut sans peine imaginer les
discussions de bazar persan qui ont officialisé le chiffre - bien sûr bidonné, comme l'était le précédent - de cette presque victoire.
Les Afghans ne sont pas habitués à la manière dont les Occidentaux remuent la boue au nom de la démocratie. Le dernier coup porté a été celui du New York Times, qui a présenté le frère
du président, Wali Karzai, comme un trafiquant de drogue. Le général Khodaidad Khodaidad (si si) en personne, ministre afghan chargé de la lutte contre le trafic de narcotiques, a répliqué
au quotidien new-yorkais, en ouvrant le débat sur le secret le mieux gardé d’Afghanistan : le rôle des troupes étrangères dans le trafic de drogue. Lorsqu’il a assuré, le 1er novembre,
que les contingents américains, britanniques et canadiens de l’OTAN “taxaient” la production de l’opium dans les régions sous leur contrôle, il a voulu transmettre un sérieux avertissement aux
Américains de la part de Karzai.
Les occidentaux vont surement payer au prix fort leur ingérence, mais la question reste posée: et les Afghans dans ce "mess"?
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